Mardin 1915 Anatomie Pathologique D’une Destruction par Yves Ternon

Guerres et génocides au XXe siècle
par Yves Ternon

Le xxe siècle, siècle des génocides ? Les années qui viennent de s’écouler, malgré la mise en œuvre d’une justice pénale internationale, ne permettent guère l’optimisme. Après tout, les années 1990 resteront marquées du sceau des violences commises en ex-Yougoslavie et du génocide des Tutsi au Rwanda.
Le moment est donc venu de s’interroger : les guerres majeures de notre temps conduisent-elles nécessairement au génocide ? La guerre n’est-elle qu’un accélérateur des crimes de masse ou bien doit-on chercher à les expliquer autrement ?
Yves Ternon relit ici notamment les trois grands génocides qui ont marqué le siècle écoulé : celui des Arméniens, celui des Juifs, celui du Rwanda. Il dévoile l’alchimie complexe qui mène au massacre. Et pose une question centrale aujourd’hui : la guerre a-t-elle définitivement triomphé du droit ?

Yves Ternon s’est spécialisé depuis de longues années dans l’étude des crimes de masse. Il a notamment publié 1915, le génocide des Arméniens (avec G. Chaliand), L’Empire ottoman, le déclin, la chute, l’effacement (avec G. Chaliand), L’Innocence des victimes.


Frère arménien, frère juif, frère tutsi : les combats d’une vie
par Yves Ternon

Un siècle, trois génocidesEn plus d’une carrière de chirurgien qu’il poursuivra pendant quarante ans, Yves Tournon s’engage dans de nombreuses luttes de libération : guerre d’indépendance de l’Algérie, Mai 68, légalisation de l’IVG… Sa passion pour la justice et la liberté le pousse, dès 1965, à entamer des recherches qui le conduiront à publier trois livres sur les crimes des médecins nazis.Découvrant l’histoire de l’Arménie et du génocide de 1915, au moment où les Arméniens manifestent contre la négation de ce génocide par le pouvoir turc, Yves Ternon publie plusieurs livres sur le sujet (1977-1981). Comparant le génocide arménien à la Shoah, il participe dès lors aux travaux des Genocides studies et procède à une analyse comparative des violences de masse, qui aboutira à l’écriture de L’État criminel (1995).La perpétration du génocide des Tutsis au Rwanda (1994) le conduit à poursuivre cette approche comparée des génocides au XXe. Avec ces travaux, Yves Ternon permet de partager en toute fraternité les mémoires de trois groupes humains victimes de la haine raciale et de lutter à leur côté contre le négationnisme.

Le génocide des Arméniens
par

Le génocide des Arméniens. Un siècle de recherche (1915-2015) est publié à l’occasion de la tenue à Paris, du 25 au 28 mars 2015, du colloque international « Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman dans la Grande Guerre. 1915-2015 : cent ans de recherche ». Il réunit les contributions scientifiques présentées à la Sorbonne, au Mémorial de la Shoah, à l’École des hautes études en sciences sociales et à la Bibliothèque nationale de France. Ce colloque introduit par le président de la République est organisé par le Conseil scientifique international pour l’étude du génocide des Arméniens (CSI), avec le soutien de la Mission du centenaire 2015 et de nombreuses institutions savantes.
Un siècle après le déclenchement à Constantinople, le 24 avril 1915, de l’extermination des Arméniens ottomans par l’État unioniste, la recherche internationale démontre par cette publication l’étendue de la connaissance scientifique sur le premier génocide contemporain. Cet ouvrage s’inscrit dans le mouvement des études sur les génocides, en plein développement en France comme dans le monde. Le centenaire de 1915 marque un tournant dans la résonnance publique des savoirs scientifiques les plus élevés et l’affirmation d’une conscience internationale de prévention des génocides.

Annette Becker est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Ouest Nanterre-La Défense, membre du comité scientifique du Mémorial de la Shoah et membre de l’Institut universitaire de France.

Hamit Bozarslan est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Vincent Duclert est historien, enseignant-chercheur au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron (EHESS).

Raymond Kévorkian est directeur émérite de recherche à l’Institut français de géopolitique, Université de Paris VIII.

Gaïdz Minassian est docteur en sciences politiques, enseignant à Sciences Po Paris et chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique.

Claire Mouradian est directrice de recherche au CNRS.

Mikaël Nichanian est conservateur à la bibliothèque nationale.

Yves Ternon est historien et membre du conseil scientifique du Mémorial de la Shoah, président du Conseil scientifique international pour l’étude du génocide des Arméniens.

Satenig Toufanian est secrétaire scientifique du Conseil scientifique international pour l’étude du génocide des Arméniens.


La résistance aux génocides
par Jacques Sémelin, Claire Andrieu, Sarah Gensburger

Quand la haine et la peur gagnent un pays, que la guerre et le massacre se propagent, il est toujours quelques hommes et quelques femmes qui ne se laissent pas entraîner. Sans mot dire, ils se tiennent de côté. Dans le secret et le risque, ils veulent aider plus que dénoncer, protéger plus que détruire. Parfois, ceux-là même qui participent au carnage tentent aussi de sauver. Dans ces situations d’extrême violence, une résistance civile, improvisée, tend à se développer, faite d’une multitude de petits actes individuels et de l’action de quelques organisations clandestines. À partir de trois cas – les génocides des arméniens, des juifs et des tutsis -, cet ouvrage représente la première tentative à la fois internationale, comparative et pluridisciplinaire pour constituer l’acte de sauvetage en objet de recherche, en se dégageant de la catégorie mémorielle du ” Juste”. Le résultat est d’une richesse exceptionnelle et dérangeante. Impossible de dresser un portrait type du sauveteur, cependant les actes de sauvetage témoignent d’un fait historique : l’existence discrète d’une société informelle de sauvetage – si fragile soit-elle – dès que commence le génocide.

Ailleurs, hier, autrement
par

Cette approche comparatiste de la Shoah à partir des travaux les plus récents conduits sur un autre génocide permet de mesurer les différences et les similitudes entre ces deux catastrophes. La première partie de ce numéro, consacrée à la connaissance du génocide arménien, analyse les causes, les circonstances et les conséquences du génocide ; incapacité, avant comme après la Première Guerre mondiale, de constituer un droit pénal international, donc de sanctionner les principaux responsables d’un crime alors défini comme crime contre l’humanité ; sort des réfugiés arméniens après la proclamation de la République de Turquie ; introduction d’une référence à l’événement dans les programmes scolaires du secondaire. La seconde partie traite de la reconnaissance du génocide arménien et des effets du négationnisme d’Etat imposé par la Turquie à une communauté interdite de deuil. Cette étude comparée d’une tragédie à la fois proche et lointaine ouvre une réflexion sur l’irréversibilité de la destruction qu’engendre un génocide et sur la complexité du travail de mémoire imposé aux survivants et aux héritiers. Elle offre en outre une opportunité pour amorcer le dialogue entre deux communautés qui se connaissent encore mal l’une l’autre alors qu’un passé tragique devrait les réunir. Les différences entre ces deux mémoires déchirées sont suffisamment nombreuses et identifiables pour que la comparaison ne remette pas en cause la singularité de la Shoah et que la commémoration de l’une n’entre pas en concurrence avec la commémoration de l’autre. L’hommage rendu aux disparus, aux vies interrompues des parents ou des enfants constitue ce qu’il y a de sacré dans ces deux mémoires. Ce n’est pas offenser l’une que de commenter l’autre.

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